Dans le premier numéro de Nautilus, je présentais un reportage sur la pêche de grand fond. Aujourd'hui, ce reportage est plus que jamais d'actualité avec la possibilité de voir l'Assemblée générale de l'ONU examiner, cet automne, un projet de moratoire sur le chalutage de grand fond.
La décision n'est pas mince. Et si elle est prise, ce sera notamment grâce à la pression du monde scientifique et de nombreux pays du Pacifique qui, depuis deux ans, mènent campagne pour réglementer cette forme de pêche qui entraîne non seulement une forte détérioration des fonds, comme passés "au bulldozer" par le chalut, mais aussi un incroyable gâchis car 80% des prises sont rejetées, mortes, à l'eau.
Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a argumenté dans leur sens: "l'incertitude demeure quant aux effets délétères à long terme du chalutage (...) et des recherches poussées s'imposent d'urgence", écrit-il dans un rapport à l'Assemblée générale, recommandant "l'application du principe de précaution".
L'impact économique d'une interdiction serait limité : à peine 200 bateaux dans le monde s'y consacrent à plein temps, dont une trentaine de français, pour 0,5% des prises mondiales de pêche. Les dégâts, eux, sont importants. Non seulement par les rejets et la surmortalité inutile que cela entraîne, mais surtout par la pêche massive d'espèces dont on ne connaît quasiment rien, où dont le peu que l'on connaît devrait nous inciter à plus de prudence. Ainsi, l'empereur, poisson-roi de la pêche grand fond, qui a une durée de vie supérieure à cent ans, et dont la vitesse de reproduction est extrèmement lente, avec une maturité sexuelle à 30 ans: si on continue à le pêcher ainsi, c'est une quasi-disparition de l'espèce qui est annoncée. Idem pour le grenadier.
Palau, le Japon, les Etats-Unis, la Norvège ou l'Australie ont déjà interdit le chalutage de fond dans leurs eaux. Mais rien n'est réglementé dans les eaux internationales. Ni, bien sûr, les eaux européennes.Or c'est une demande d'interdiction totale du chalutage de fond dans les eaux internationales qui devrait être demandée à l'ONU, sauf ""à démontrer scientifiquement que ces activités n'affecteront pas le fragile écosystème marin". Il semble, cependant, que l'Union Européenne ne soit pas prête à appuyer cette demande globale, les pays qui la composent ayant des positions divergentes. Pourtant, cette interdiction n'est pas, sur le moyen terme, en contradiction avec les intérêts des pêcheurs: s'ils veulent que leur activité perdure, il leur faut du poisson en mer ! Et on ne fera plus aucun chalutage économiquement rentable sur des fonds massacrés... C'est l'avenir des populations de poisson qui est, ici, en jeu. Et donc la survie de la pêche, à terme.
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